À la rencontre de Hedi OUDAYA, responsable U17.

 

Pour rappel, cette série consiste à aller à la découverte des éducateurs pour en apprendre davantage sur eux. 

Le second épisode de cette série nous amène à la rencontre de Hedi OUDAYA, responsable des U17 de l’ACBB. Hedi tient également à saluer et remercier Peter (co-responsable U17) & Yusuf (adjoint U17) qui sont indispensables pour lui au sein de sa catégorie.

- Bonjour Hedi, peux-tu nous présenter tes différentes fonctions au club ? (C’est-à-dire dans quelles catégories tu interviens)

Bonjour, Hedi OUDAYA, j’ai 29 ans. Je suis arrivé au club en 2017 sur la réserve U16. Je suis actuellement responsable et éducateur U17. Avant cela, j’ai été responsable des U16 durant deux ans.

En parallèle, je suis également salarié au District du Val de Marne en tant que technicien départemental. C’est une situation assez rare mais qui s’explique par le fait qu’à mon âge il me semble important de garder un maximum de proximité pour répondre au mieux aux exigences de ma fonction et être au plus proche des réalités de terrain. Cependant, dans un souci de neutralité, je dissocie intégralement ces deux statuts.

 

- Depuis combien de temps es-tu éducateur et quelles sont tes motivations ?

Cela fait maintenant neuf ans que je suis éducateur et c’est certainement mon parcours atypique qui m’y a amené. Mes parents ont toujours vu le sport comme un loisir et un bien être, ils avaient une image très péjorative du football comme beaucoup de monde. Le seul foot que j’ai pu pratiquer c’est le foot de rue et c’est à partir de 18 ans que j’ai pu y jouer dans un cadre fédéral.

Aujourd’hui je les remercie des valeurs d’exigence et de dépassement de soi, mais aussi d’accompagnement et de service à l’individu qu’ils m’ont apporté, car c’est sans aucun doute grâce à leur éducation que je suis la personne que je suis.

Ma première licence de joueur était à Villeneuve Ablon. Parti pour mes études, j’ai ensuite vécu un magnifique moment lors du championnat universitaire belge à Louvain-la-Neuve où nous avons atteint les demi-finales de play-off.

Je suis revenu en France après une première année d’étude de kiné en Belgique. Je me suis rendu compte qu’il me manquait l’émotion, suscité par le sport. C’est pour cela que je me suis lancé dans des études de STAPS à Grenoble. Je suis revenu en tant que joueur au FC Versoud club de R3. J’étais un joueur correct, mais trop de retard dans ma formation pour accéder au plus haut-niveau.

C’est à ce moment que j’ai commencé à être éducateur. J’ai ainsi fait le choix de prioriser mon temps à former ces jeunes joueurs, les faire progresser et les accompagner dans leur projet sportif. Aujourd’hui, je prends plaisir à les voir s’épanouir et réussir en tant que joueur et homme.

 

- Quel est ton parcours d’éducateur et de joueur ? Une expérience que tu retiens plus qu’une autre ?

En tant que joueur, les demi-finales de play-off lors du championnat universitaire a été un moment marquant. Cela m’a touché parce que je me suis dit pendant 15 ans j’ai pratiqué dans la rue et là dans un cadre réglementé cela m’a amené un petit aboutissement.

Lorsque je suis revenu en France après mes études en Belgique, je voulais entraîner d’un point de vue performance. Ma première année comme je l’ai dit je l’ai effectué à Grenoble, après je suis revenu à Paris. Plus précisément, à Créteil où l’UFR STAPS était en partenariat avec l’INSEP pour sa Licence 3 Entraînement Sportif.

C’est à partir de là que j’ai commencé à l’US Alfortville et c’est dans ce club que j’ai beaucoup appris. J’y ai rencontré Peter et Yusuf et j’ai pu encadrer les U6-U7, accompagner les U8, les U10 et les U15F. J’ai été également en charge des U15 puis des U17, et été adjoint en U19 de Stéphane Abadie.

En parallèle, je suis accepté en Licence 3 à l’INSEP et dans le même temps je passe le BMF. Je deviens alors stagiaire du District du Val de Marne et analyste vidéo du club de l’US Lusitanos Saint Maur. Pour l’anecdote, j’ai pu côtoyer Carlos Secretario (ex-International et vainqueur de la Ligue des Champions), qui avait la charge de l’équipe Senior de l’US Lusitanos Saint-Maur et Kévin Diaz que vous entendez tous sur RMC Sport.

Je fais le choix ensuite d’intégrer le Master Sport Expertise Performance de Haut-Niveau à l’INSEP et dans le même temps je passe mon BEF. Sur ma deuxième année de Master, j’effectue un second stage au sein du District. La conjoncture a fait qu’il y a eu une possibilité pour moi d’obtenir un emploi à la fin de ce stage.

A l’ACBB, le titre en U16 régional reste honorifique puisqu’il n’y avait pas de montée / descente mais c’est un plus pour le Club et cela fait toujours sourire.

 

- Cela fait maintenant 4 années que tu es au Club, qu’est-ce qu’il t’inspire ?

Le Club a une vraie image de formation, c’est ce qui m’a attiré ici. Ce club m’a permis de retrouver à travers d’autres éducateurs des traits de ma personnalité. Le contexte me permet d’échanger davantage, j’ai pu rencontrer des personnes avec lesquelles je partage des points de vue similaires sur le football mais également humainement.

 

- Comment caractériserais-tu le club en quelques mots ?

Le partage, la formation et l’humilité. En tout cas, j’espère que c’est ce qui sortira lors des saisons à venir.

 

- Quelle est la personne qui t’inspire dans le milieu du football ?

Aussi surprenant que cela puisse l’être, je n’ai pas de « personne inspirante » en soi. Pour moi, il y a autant de façon de voir le football que de personnes qui le pensent. Cependant j’apprends de tout le monde, professionnels et amateurs. Par exemple, dans le cadre professionnel, c’est moi le formateur mais cela ne m’empêche pas d’apprendre auprès de chaque stagiaire.

Par contre, Stéphane Abadie (ex-responsable technique de l’US Alfortville) m’a marqué par sa compétence et sa personne. Dans un milieu difficile, de par l’environnement social, il s’adaptait constamment et instaurait un cadre digne d’une équipe professionnelle alors que la plupart des équipes évoluaient au niveau départemental. C’est avec lui que j’ai commencé et si j’en suis là c’est beaucoup grâce à lui.

Pour revenir au football, je n’ai pas envie de me cloisonner à une façon de penser ou de faire. Selon moi, il faut apprendre aux joueurs à jouer de différentes manières et les confronter aux plus de situations possibles. Ils doivent être capable de répondre à tous les problèmes que ce soit au sein de la Maison Orange ou ailleurs.

D’un point de vue collectif, on est dans un club amateur donc on n’a pas le choix des profils qu’on souhaite. En revanche, on a la chance d’avoir de très bons joueurs. Je définis donc la façon dont l’équipe doit jouer en fonction de mes joueurs offensifs.

De façon constante, j’ai pour principe de « combiner dans le couloir axial », car je suis persuadé que la maîtrise dans cette zone du terrain permet de faire basculer le rapport de force. Avec la génération 2003, nos meilleurs joueurs offensifs évoluaient dans ce couloir central. Du coup, on allait chercher les couloirs latéraux pour créer de l’espace dans le couloir central, et on retrouvait ses joueurs-là pour aller au but.

 

- Pourquoi tu t’adaptes en fonction de tes joueurs offensifs et non par rapport à tes joueurs défensifs ?

      Selon moi, il est plus facile de défendre que d’attaquer. La notion de créativité rentre en ligne de compte, c’est pour cela que je me base sur le profil des joueurs offensifs pour définir la façon d’attaquer et qu’ensuite en découle la façon de défendre et de récupérer le ballon.

Avec la génération 2004, les meilleurs joueurs offensifs étaient des excentrés. Ce qu’on faisait c’est qu’on gardait le principe de jeu de combiner dans le couloir central, mais cette fois-ci c’était dans le but de fixer l’adversaire et trouver les joueurs de couloir afin de les mettre en situation de 1c1.

 

- À travers cette mission d’éducateur, que recherches-tu à transmettre aux jeunes ?

Il y a trois choses essentielles pour moi : l’exigence, le dépassement de soi et le respect. Beaucoup de jeunes rêvent d’être footballeur, mais beaucoup deviendront des hommes comme toi et moi, donc il faut les former sur ces aspects-là afin de les faire réussir en tant qu’homme avant tout.

Dans le quotidien de notre catégorie, deux personnes sont essentielles pour moi : c’est Peter et Yusuf surnommé « K2 ». Il y a une vraie confiance entre nous, chacun de nous va apporter aux jeunes parce que nos personnalités sont différentes. Chaque jeune va s’identifier auprès de l’un de nous.

D’une façon ou d’une autre, il ira se confier soit à Peter, à K2 ou bien à moi. Peter en plus de ses compétences techniques, qui ne sont plus à prouver, offre de réels échanges aux jeunes et K2 est leur grand frère. En tant qu’entraineur, il faut avoir une relation globale et pas de relations particulières. La notion affective ne peut entrer en compte dans les choix, et leur présence à mes côtés permet de conserver cette proximité affective sans m’y mêler.

 

- Quel est ton souvenir marquant au club ?

Deux souvenirs : le premier c’est celui que j’ai évoqué tout à l’heure avec la génération 2003 où l’on termine champion en U16 régionaux.

Le souvenir le plus difficile, mais qui reste beau par l’acte, cela a été l’hommage que nous avons rendu au papa d’Angel qui est décédé cette même saison.

 

- Comment vis-tu cette période sans compétition et également les contraintes liées à la pratique ?

Difficile comme tout le monde. Susciter la motivation des joueurs devient de plus en plus compliqué. Pour notre part, on est moins exigeant au niveau des séances et on ne peut pas leur demander l’exigence du niveau National parce que les joueurs ont conscience que la saison n’ira pas à son terme.

On entretient fortement le lien social avec eux. On a nos deux séances sur le terrain le week-end et on a également deux séances en visio le mardi et le jeudi. Ces séances en visio nous permettent d’entretenir les joueurs au niveau athlétique et c’est également un moment où on peut échanger sur n’importe quel sujet. Par exemple, si on tombe un lendemain de soir de Ligue des Champions cela peut être l’occasion de revenir dessus.

 

- Sur quels aspects joues-tu pour garder la motivation de tes joueurs ?

Déjà sur le fait que le foot ne s’arrêtera pas, du moins que cela reprendra. Je leur ai dit que le foot a survécu à des guerres mondiales, il survivra donc au COVID. Quand cela reprendra, il faut qu’ils soient prêts comme si nous nous n’étions pas arrêtés.

Pour voir ce qui se fait dans d’autres structures, nos joueurs ont gardé beaucoup de rythme et les quatre séances leur apportent un vrai plus.

Je pense que la motivation est également liée à la relation de confiance avec le staff, on leur fait comprendre par des mots ou par des actes que cela va dans leur sens.

Ce qui a permis cette relation de confiance, c’est l’instauration d’un cadre dès le départ qui est basé sur la justice, en définissant des règles pour tout le monde avec certes une flexibilité parce qu’il y a des aléas. Les joueurs qui ont un cadre qui est défini pour eux comme étant juste adhèrent au projet. Tout ce qui est fait est réfléchi, c’est pour eux.

Leur réussite est aussi la nôtre !