Entretien avec Tony Diagne: joueur en National 2

Tony Diagne, le défenseur central de 28 ans revenu à l’ACBB fin septembre, a joué 11 saisons en Angleterre. Il raconte son périple dans ces petites divisions professionnelles si typiques.

À 28 ans, Tony Diagne, qui a affronté la réserve du PSG avec l’ACBB ce samedi (18 heures), a passé onze ans en Angleterre en écumant les petites divisions. Le défenseur central raconte son périple au cœur du football anglais

« J’ai été recruté par Nottingham Forest à 16 ans »

Lors d’un match amical au camp des Loges face au PSG, Tony Diagne, qui évolue alors avec les U 16 de l’ACBB, est repéré par un scout de Nottingham Forest. « J’ai reçu une convocation pour venir faire un essai, qui a été concluant », explique le natif d’Aubergenville (78), contacté également par Le Havre et Valenciennes. « Mais avec mes parents, on s’est dit que c’était mieux de partir à l’étranger. L’Angleterre, c’était comme un rêve pour moi. » Après deux ans avec les jeunes puis la réserve, il intègre le groupe pro à 19 ans, où il côtoie notamment Andy Cole. « A l’entraînement, il y avait une grosse intensité, j’ai appris à ne pas avoir peur. » Mais au bout de trois ans, l’aventure anglaise s’arrête et il signe à Aubervilliers (CFA) à l’automne 2010 où il ne restera que deux mois.

« À 22 ans, j’étais capitaine à Macclesfield »

Retour en Angleterre. Grâce à un agent, il effectue un essai à Macclesfield en Ligue Two (D 4) dans la banlieue de Manchester. « Au début, je gagnais 1 000 € mais, en six mois, j’ai signé 3 contrats différents et j’ai triplé mon salaire. La 2e saison, j’ai joué plus de 50 matchs, j’étais capitaine à 22 ans. On parlait beaucoup de moi, j’avais des articles, des reportages à la télé. Un agent m’a promis plein de choses mais, au final, je n’ai rien vu venir. C’est là que ma carrière a basculé. Pour jouer plus haut, il m’a manqué ce facteur chance. » Il commence alors un road-trip en changeant de club chaque saison avec deux passages à Lincoln City en National League (D 5) dans la banlieue de Manchester, Morecambe (D 4), cité balnéaire située dans le Lancashire, un retour à Macclesfield (descendu en D 5), puis enfin Hemel Hempstead en National League Nord (D 6), une ville de 94 000 habitants située au nord de Londres.

« Ce n’était plus pro. Mais grâce à mon CV, j’avais un bon salaire, plus de 500 € par semaine, donc plus de 2000 € par mois. Mais psychologiquement, jouer en 6e division, ça commençait à devenir compliqué. Niveau jeu, c’était uniquement physique. Et je commençais à être usé de toujours devoir partir à droite et à gauche en ne signant que des contrats d’un an. »

« Même en 5e division, c’est minimum 2 000 spectateurs »

A l’été 2017, Diagne espère trouver un club en France. Mais, sans contact, il signe en septembre à Barrow, en National League (D 5), une ville portuaire du nord-ouest de l’Angleterre. « J’ai fait une saison correcte mais j’avais l’impression d’avoir fait le tour de la 5e ou 6e division. J’avais encore pas mal d’offres de clubs de ce niveau, avec des bons salaires, mais j’avais envie de me stabiliser et de voir davantage ma famille car le temps passe vite. »

Revenu à l’ACBB par l’intermédiaire de Gilles Bibe, il dit « ne rien regretter ». « Il y a beaucoup de requins dans le foot d’en bas en Angleterre, des agents qui te font des promesses en l’air. Mais il y a un vrai engouement. Même en D 5, c’est minimum 2 000 spectateurs dans les stades, les fans paient des abonnements, tu es reconnu dans la rue, tu passes à la télé. Ces onze ans en Angleterre m’ont construit en tant qu’homme. »

Propos recueillis par le Parisien - Sport Ile de France