Le joueur professionnel, Elyes Seddiki s'entraîne à nouveau avec l'ACBB football

Formé à Antony Sports Football et à l'AC Boulogne-Billancourt, Elyes Seddiki a très rapidement pris son envol et goutté au monde professionnel. Actuellement sans club, le milieu de terrain de 31 ans qui a connu la première division algérienne pendant plusieurs années s’entraîne désormais avec la National 3 de l'ACBB et espère rebondir rapidement !

Elyes, racontez-nous votre parcours footballistique ?

J’ai commencé le football à l’âge de 5 ans. À la suite d’une détection, je suis arrivé à Antony Sports Football qui était en partenariat avec le PSG. Gilles Bibé me remarque et me fait signer là-bas. J’y joue 2 saisons sous sa coupe. Ensuite, Gilles part à l’AC Boulogne-Billancourt et il me prend dans ses bagages. En arrivant à l’ACBB, je ne l’ai plus comme entraîneur en U16 Nationaux. J’ai eu un autre coach qui a été dur avec moi, mais que j’apprécie énormément c’est Faouzi Amzal (Ndlr : qui est aujourd’hui coach des gardiens du Red Star FC). Je joue une saison avant de partir en D2 Suisse à Yverdon à l’âge de 16 ans et demi. J’atterris dans un groupe pro mais je joue avec les U21 le week-end. Le club me propose de prolonger car je n’avais signé qu’un an, mais finalement  je me retrouve stagiaire pro à Sedan.

Comment se passe l’aventure à Sedan ?

Malheureusement, à la fin de saison, on me dit qu’on ne peut pas me garder et que je ne passerais pas professionnel. Selon eux, j’ai joué sur mes acquis et je n’ai pas progressé. Je me retrouve à revenir dans mon club formateur : Boulogne-Billancourt. Je fais quelques mois et je m’engage au FC Nantes (B). Mon meilleur ami était déjà là-bas et il en avait parlé à son coach. Je n’ai pas pu signer de contrat car j’étais hors période. J’y suis resté et je me suis entraîné pendant des mois. Après, j’ai été contacté par le SSV Ulm en Allemagne, où je joue 2 saisons. Ensuite, direction le Portugal avec Santa Clara (une saison, 46 matches), puis Beira-Mar. Mais pour des raisons financières, ce club dépose le bilan. Je me retrouve sans club.

Qu’avez-vous fait ?

Je rebondis en Algérie au Riadha Club Arbaâ. C’était le petit poucet du championnat, j’y joue 5 mois. C’était un pari et on réussit à faire la finale de la Coupe d’Algérie. Je me suis fais un nom. Pour preuve, j’avais tapé dans l’œil du sélectionneur algérien de l’époque, Christian Gourcuff qui était dans les tribunes. J’ai même été sélectionné parmi les locaux dans un premier temps. Nous étions dans la période du mercato, les 4-5 cadors du championnat algérien s’intéressent à moi et me sollicitent. Je les rencontre les uns après les autres. Je choisis finalement la JSK Kabylie car c’était le seul club capable de payer mon transfert. Pendant la période de la préparation avec la JSK, je tape dans l’œil d’un club Saoudien qui me fait une grosse proposition. Mais le président me bloque car je venais d’arriver comme le plus gros transfert et que c’était compliqué de me laisser partir vis-à-vis des supporters.

Que s’est-il passé ?

Nous sommes rentrés en conflit car je devais partir au mercato hivernal, mais la somme demandée de 1 M€ était jugée élevée. Mon transfert en Arabie Saoudite a capoté. J’avais décidé de ne plus jouer avec la JSK et je m’étais mis le club, les supporters contre moi. Je rejoins le Nasr Athletic Hussein Dey, où je fais encore une finale de Coupe d’Algérie. En un an, je fais deux finales. On joue contre le MC Alger, on perd 1-0 au stade, le 5 juillet. Au mercato, je suis acheté par le MC Alger pour 3 saisons. Tout se passait bien, mais malheureusement je n’ai pas été payé et dans ma position d’international, je suis monté au créneau. J’ai défendu mes droits. Je me suis mis en conflit avec le président et je les ai attaqué en justice. J’ai eu gain de cause, j’ai récupéré mon argent. Je suis resté 6 mois sans jouer. L’été dernier, j’ai signé à Oudja au Maroc, où j’ai fait une grosse saison avec le meilleur taux de passes dans le championnat, autour de 88.7% de passes réussies. Le club me demande de prolonger pour avoir mes arriérés, mais je ne suis pas d’accord avec cette transaction. Donc, en octobre dernier, je suis allé à la Fédération Marocaine de Football pour résilier mon contrat. Et aujourd’hui, je suis dans l’attente d’un nouveau contrat, d’un nouveau projet.

6 mois sans jouer, comment le vivez-vous ?

C’est difficile car on joue tout le temps. Il y a deux sentiments qui prédominent. Ça permet de souffler, ça fait du bien pour le mental, mais ça ne dure qu’un temps car on a vite envie de reprendre le chemin des terrains. On attend une belle opportunité, un projet stable au niveau de nos ambitions.

Vous avez été confronté à des problèmes financiers dans certains clubs. Comment l’avez-vous géré ?

J’ai toujours eu gain de causes, j’étais dans mon droit, j’avais un contrat. Je me suis battu seul, j’ai toujours été au front, j’ai demandé des renseignements dans mon entourage pour connaitre les démarches. Parfois à cause d’une lettre, un contrat peut être caduque. Il faut être méticuleux sur tout !

Que retenez-vous de vos expériences et de votre parcours ?

J’ai vécu de très belles choses, j’oublie vite les quelques tâches dans ma carrière comparés aux bons moments. J’ai connu 5-6 cultures différentes, des footballs différents. J’ai rencontré beaucoup de belles personnes, j’ai eu des publics magnifiques. Le meilleur souvenir et c’est contradictoire, c’est en Algérie. C’est là-bas que j’ai connu le plus de soucis et que j’ai connu les plus belles ferveurs. Quand on joue un derby au stade le 05 juillet, avec 100 000 spectateurs dans les tribunes, c’est impressionnant. Même des joueurs de L1 ou dans d’autres championnats n’ont pas joué dans ces stades avec ces publics.

Regrettez-vous des choix dans votre carrière ?

Je vais essayer de relativiser… Il y a eu des moments au début de ma carrière que je regrette car je n’ai pas porté attention aux conseils alors que j’aurais dû. Sur mes choix, ils ont été dictés par la passion, par les sollicitations. À cause de mes ennuis financiers, j’ai toujours recherché l’herbe plus verte ailleurs.

Vous avez connu la sélection algérienne (U23). Pas trop déçu de ne pas avoir été dans l’équipe championne d’Afrique 2019 ?

Pour être déçu, il faudrait déjà être sélectionnable. Lorsque j’étais dans le championnat algérien, à l’époque, c’était de ramener beaucoup de locaux. Et puis surtout, il faut jouer à un très haut niveau. Pour ma part, la saison dernière, j’ai joué à Oujda et cela aurait très compliqué d’être appelé, j’en suis convaincu. Mon meilleur ami qui joue au Spartak Moscou, Sofiane Hanni n’a même pas été pris, tout comme Nabil Bentaleb. Une nouvelle génération est arrivée, elle est très talentueuse. Les résultats sont complètement mérités.

Elyes, vous avez joué en Europe et en Algérie. Est-ce qu’il y a une différence dans le jeu, dans l’approche des matches ?

L’approche des matches est plus ou moins la même sauf qu’en Afrique, les clubs veulent la mise au vert à domicile comme à l’extérieur. Je trouvais ça beaucoup à force mais le manque de sérieux et de professionnalisme des joueurs obligent les clubs à adopter cette manière de faire pour avoir des résultats.

Aujourd’hui vous êtes revenu à l’ACBB, mais pour quelles raisons ?

Pour garder la forme, m’entretenir. À chaque fois que j’ai besoin de m’entretenir, de toucher le ballon, j’ai la chance d’avoir Gilles. Je lui demande de me donner accès au club, aux installations, il est toujours d’accord. Aujourd’hui, l’équipe est entraînée par Teddy Bertin, un ex-grand joueur de Ligue 1. C’est quelqu’un d’ouvert qui me donne des conseils. C’est top d’être entraîné par un coach de ce niveau. Il me prépare aux prochaines échéances. C’est très bénéfique pour moi, je ne reste pas à l’arrêt.

Quelle est votre relation avec Gilles Bibé ?

C’est quelqu’un de ma famille, je le connais depuis l’âge de 13 ans. Les années sont passées, notre amitié n’a fait qu’augmenter. Il a toujours été là pour m’épauler, pour me conseiller. On s’appelle très souvent. C’est quelqu’un de très proche. J’ai toujours voulu lui rendre l’appareil dans ma réussite, mais je n’ai pas encore réussi comme je le voulais. Tôt où tard, j’espère lui rendre l’appareil.

Vous comptez jouer jusqu’à quel âge ?

J’espère le plus tard possible, je fais attention à mon hygiène de vie, à mon corps. Quand on voit un joueur comme Vitorino Hilton (Montpellier) qui a 40 ans est encore bon sur le terrain… Aujourd’hui, on peut jouer plus longtemps qu’avant. Si je peux jouer jusqu’à 36-37 ans, je le ferai.

Quel est votre profil de jeu en tant que milieu défensif ?

Je pourrais me qualifier de caméléon, je m’adapte très vite aux besoins des coaches. Je suis une sentinelle, devant la défense. Agressif à la récupération et propre dans la relance. Mais, si on demande de jouer plus haut, avec mes qualités techniques, je n’ai pas de mal à m’adapter aux différents postes de milieu de terrain.

Vous avez toujours occupé ce poste ?

Oui, depuis que je suis petit. Avant j’aimais tricoter avec le ballon et je n’étais pas efficace. J’avais peur d’aller aux contacts, je prenais des coups. Et puis j’ai changé, mon jeu a évolué. C’est le poste que je préfère. Faire jouer mon équipe tout simplement.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la nouvelle année ?

Une nouvelle équipe pour très bientôt, c’est le moment où tout se joue. Trouver un projet qui me correspondra. J’ai quelques touches en France et à l’étranger. On discute et je dois faire les bons choix.

Crédit Photo : Michel Leroux / ACBB

Propos recueillis par Farid Rouas. 03/01/2020 ACTUFOOT IDF