Teddy Bertin, nouveau coach des seniors Nat 3, s'exprime.

L'ex-défenseur central pro aux plus de 200 matches de Ligue 1, vainqueur de la Coupe de France 2001 avec Strasbourg, a décidé de relever le challenge de l'AC Boulogne-Billancourt cet été. Pour Actufoot, Teddy Bertin se livre sans concessions sur sa mission à la tête de l'équipe National 3 du club des Hauts-de-Seine, sa carrière et le monde amateur.

Quelles sont vos impressions depuis votre arrivée à l’ACBB ?

Sur le club, il mérite en toute honnêteté d’évoluer plus haut vues les infrastructures de qualité, au moins en National 2 voir en National. Il y a de superbes installations que ce soit le Stade Le Gallo ou le centre d’entrainement Marcel Bec. Sportivement, le club est descendu mais les personnes sont très pros. Je pense à Gilles Bibé qui est au quotidien au club et fait un travail dans le recrutement des joueurs fort intéressant. J’ai aussi 2 personnes à mes côtés, Abdoulaye le préparateur physique et Thibaut en tant qu’adjoint. Ces 2 personnes font du boulot propre et sérieux. Ça prouve que ce club est bien structuré à tous les niveaux.

« À l’ACBB il y a un beau projet à monter »

Comment le projet vous a été proposé ?

Ça faisait un moment que j’étais en contacts avec Gilles. On se connait depuis un certain temps, depuis l’époque ou j’avais les U19 à Amiens. Lorsque l’on se voyait, on parlait de choses et d’autres. J’ai envoyé mon CV au club. Après la descente confirmée, le club repart sur un projet avec quasiment une nouvelle équipe de joueurs. Avec Gilles, on s’est positionné là-dessus. Aujourd’hui, je ne regrette en aucun cas d’être venu à l’ACBB car il y a un beau projet à monter. J’espère pouvoir faire de belles choses.

On a entendu parler de moyens réduits, est-ce vraiment le cas ?

Oui, il ne faut pas se cacher. Avec le budget réduit de cette année, le projet de lancer des jeunes est capital, avec des potentiels intéressants. L’ACBB est un club formateur donc le but est d’emmener les meilleurs éléments du club le plus haut possible et au plus haut-niveau. Nous sommes dans notre 3ème semaine de reprise, il y a encore du travail mais il y a de la qualité.

Après Amiens, l’ACBB était votre seul choix ?

J’avais d’autres choix de clubs même une proposition d’un club de N2 et d’un centre de formation. L’ACBB a été ma priorité dès le départ. J’ai senti une volonté de travailler ensemble et de la confiance. Je ne suis pas une girouette, je n’allais pas faire volte-face pour un autre club. Dès les premiers contacts, j’ai su très rapidement que je viendrai à l’ACBB.

Votre carrière de défenseur suppose-t-elle que votre jeu sera défensif ?

On me pose souvent la question… Honnêtement, je ne suis pas quelqu’un qui prône un jeu défensif, mais je cherche le beau jeu : repartir de derrière, je veux que mon équipe joue au ballon, qu’elle maîtrise le ballon. Je veux que mon équipe prenne du plaisir avant tout sur le terrain et qu’elle joue en équipe.

Pour en revenir à votre carrière de joueur, vous comptez 205 matches de Ligue 1 et 175 en Ligue 2. Que retenez-vous parmi votre passage rapide à l’OM, vos 6 années au Havre ou encores les 5 saisons passées à Strasbourg ?

Je garde de très bons souvenirs à l’OM, j’ai énormément appris aux côtés de grands joueurs tels que Laurent Blanc, Christophe Dugarry, Fabrizio Ravanelli, Claude Makélélé. Dans chaque club, j’ai appris et j’ai progressé dans beaucoup de domaines. Je n’ai aucun regret dans ma carrière. J’ai passé de superbes moments. La grosse satisfaction dans ma carrière a été de ne pas me blesser. Pour moi, ça a été une grande chance. J’ai pu jouer jusqu’à 38 ans sans problèmes.

Est-ce qu’un joueur ou un coach vous a impressionné durant votre carrière ?

J’en ai connu tellement, c’est difficile d’en donner un seul. J’ai reçu beaucoup de conseils des coachs. Je peux citer le coach Guy David (Ndlr : il a dirigé entres autres Le Havre, Caen, Nice, Rennes) qui est malheureusement décédé et qui m’a replacé au poste de libéro alors que je jouais latéral gauche ou milieu défensif. C’était plus un père spirituel, notre relation était affective. C’est quelqu’un qui m’a donné beaucoup. Je lui dois beaucoup dans ma carrière. Il y a aussi Pierre Mankowski qui est venu me chercher à Amiens. Victor Zvunka, on aime ou on n’aime pas mais c’est quelqu’un de droit, de sincère. Je préfère ce type de coach plutôt qu’un coach qui vous dit un jour blanc et un autre jour vous dit noir.

« Certains sont plus compétents sans diplômes que des diplômés »

Quel coach vous a donné l’envie de le devenir ?

J’avais toujours dit qu’à la fin de ma carrière, je deviendrais coach. Durant une carrière et à tout âge, vous apprenez à tout moment. Et même sans diplôme, on peut être compétent. Certains sont plus compétents sans diplômes que des diplômés. Mais, Guy David m’a donné l’envie de coacher comme Victor Zvunka.

À l’ACBB, vous voyez-vous durer aussi longtemps que le dernier entraîneur Gregory Benarib, resté 10 saisons sur le banc ?

Le travail de Greg à l’ACBB a été assez remarquable au niveau de ce qui a été accompli. Je ne connais pas le personnage. Pour la durée, pourquoi pas. Le projet mis en place avec Gilles est sur quelques années. On espère faire du bon boulot ensemble. Chacun a sa façon de fonctionner, Greg avait la sienne et moi j’en ai une autre. Aujourd’hui, j’ai intégré des jeunes en N3 qui jouaient encore l’année dernière en R3. On veut donner confiance aux jeunes du club. On a recruté des joueurs extérieurs pour apporter leur expérience et accompagner ces jeunes dans leur progression. Je me sens bien dans ce club et dès les premiers jours, c’était le cas.

Est-ce encore possible de nos jours de durer si longtemps dans un club ?

Avec Gilles, on marche au feeling. On ne se prend pas la tête avec une durée. On fera le bilan à chaque trêve. Il ne faut pas se voiler la face, j’ai un effectif très jeune donc on va tout faire pour faire progresser ces jeunes.

Selon vous, cette saison est une année de transition ?

Si le club est descendu c’est peut-être un mal pour un bien. On repart de zéro, d’une feuille blanche. Peut-être qu’il y a eu trop d’excès l’année dernière au niveau des joueurs. Les joueurs n’étaient pas investis à 100% pour le club. Tout le monde est au même niveau et à tout niveau ! Le groupe vit bien, ça rigole bien. Je commence à connaître les mecs, des super mecs. On espère que ça se passera de mieux en mieux dans la saison.

« Si vous n’avez d’envie, ce n’est pas la peine »

Quel est votre regard sur le football amateur ?

J’ai déjà coaché au niveau amateur au Havre, une année. C’est très enrichissant, c’est bien de passer du monde pro au monde amateur. On découvre beaucoup de choses et des joueurs talentueux qui n’ont pas eu la chance d’évoluer dans un centre de formation ou dans un club pro. Parfois, les clubs pros ne vont pas chercher où il faut. Je suis ravi de retrouver le monde amateur. Humainement, c’est énorme !

Quels conseils pourriez-vous leur donner à ces joueurs amateurs ?

C’est bosser, être à l’écoute, ne jamais baisser les bras, être toujours dans l’effort et l’envie. Si vous n’avez d’envie, ce n’est pas la peine. Si vous avez l’envie, à tout moment, vous pourrez faire quelque chose de bien.

Propos recueillis par Farid Rouas. Actufoot / Août 2019